Lala Fatna est une entrepreneuse touche-Ă -tout toujours en quĂȘte de challenges. Son parcours est donc fait d’expĂ©riences diverses. Ouvrir un Riad Ă  Marrakech est pour elle une nouvelle aventure professionnelle mais cette fois liĂ©e de prĂšs Ă  son histoire personnelle : celle de ses racines.

Comment cette idĂ©e d’ouvrir un Riad Ă  Marrakech a-t-elle germĂ© ?

Mes parents sont originaires de MeknĂšs. Donc je voulais que mes enfants gardent un vrai lien avec le Maroc. Et comme je n’y ai pas de maison de famille, il y a 2/3 ans, j’ai commencĂ© Ă  regarder ce qui existait sur le marchĂ©, tout en me disant qu’en grandissant, mes enfants iraient plus volontiers Ă  Marrakech qu’à MeknĂšs.

Sinon quelle est pour toi la plus belle ville du Maroc ?

FĂšs, sans hĂ©sitation ! Mais Marrakech reste incontournable


Avais-tu une idĂ©e prĂ©cise de ce que tu cherchais ?

Je voulais absolument un Riad. Il faut savoir que par dĂ©finition, un Riad a plus de 200 ans. Sinon, on ne peut pas utiliser cette appellation. Je cherchais aussi quelque chose d’atypique, qui me ressemble, avec un peu de travaux pour pouvoir y mettre ma touche personnelle, allier moderne et traditionnel. Bref j’attendais le coup de cƓur
 Et j’ai mis plusieurs mois Ă  le trouver. En tout, j’ai dĂ» en visiter une quinzaine avant d’entrer dans celui-ci oĂč, enfin, je me suis sentie immĂ©diatement chez moi !

©carnetsmediterraneens

Etait-ce dĂ©jĂ  un Riad ouvert aux touristes ?

Oui, mais timidement. J’ai tout rĂ©novĂ©, redynamisĂ©, et aujourd’hui le taux de remplissage est en moyenne de 70 % avec une note de 9/10 sur Booking.

J’imagine que tu avais aussi un quartier particulier en tĂȘte


Compte tenu du fait que j’avais l’intention, dĂšs le dĂ©part, d’exploiter ce bien de maniĂšre touristique, je voulais qu’il se situe dans un endroit totalement sĂ»r car la clientĂšle anglophone est encore plus prĂ©occupĂ©e par cet aspect que la clientĂšle francophone. Elle me pose beaucoup de questions Ă  ce sujet. Sans doute est-ce pour cela, d’ailleurs, que mes clients sont essentiellement anglophones. Or, Ă  Marrakech, les lieux les plus sĂ»rs se trouvent Ă  proximitĂ© des palais du roi. Mon Riad est donc prĂšs du palais Dar El Bacha, l’un des plus beaux de Mohammed 6, mais aussi de la place Jemaa El Fna car je voulais absolument que mes hĂŽtes puissent visiter toute la mĂ©dina Ă  pied. C’est d’ailleurs une remarque qui ressort souvent sur Booking et TripAdvisor.

Alors maintenant que nous l’avons localisĂ©, peux-tu nous inviter Ă  entrer ?

Avec grand plaisir !

C’est un bien d’exception. Au cours des travaux, j’ai d’ailleurs mis Ă  jour de superbes mosaĂŻques cachĂ©es. Traditionnellement, la richesse marocaine se dĂ©ploie Ă  l’intĂ©rieur des maisons, en aucun cas Ă  l’extĂ©rieur.

©carnetsmediterraneens

Je souhaitais proposer le confort d’un service hĂŽtelier associĂ© Ă  l’accueil personnalisĂ© d’une maison d’hĂŽtes oĂč mes clients pourraient se sentir comme chez des amis.

Le Riad Assala dispose de 6 chambres, deux patios (l’un du 17e siĂšcle, le plus ancien, l’autre avec un bassin oĂč l’on peut se baigner, ce qui est trĂšs apprĂ©ciable), deux terrasses et un hammam traditionnel.

Comme il y a des recoins partout, chacun peut vraiment trouver le sien et s’isoler s’il le souhaite.

Le Maroc Ă©tant rĂ©putĂ© pour sa gastronomie, j’imagine que la table est bonne chez toi !

Fatima fait ses courses tous les matins. Il y a donc un menu traditionnel (couscous, tagines
) mais aussi une cuisine du marchĂ©. Cela lui tient particuliĂšrement Ă  cƓur. Et je peux dire que mes habituĂ©s reviennent en partie pour ses bons petits plats !

Le petit dĂ©jeuner change tous les jours et tout est fait maison. J’y mets un point d’honneur.

Je tiens aussi, lorsqu’il y a un anniversaire par exemple, à ce qu’il y ait une attention particuliùre.

Comme tu n’es pas sur place, tu dois avoir sacrĂ©ment confiance en ton Ă©quipe


C’est la base ! Je suis entourĂ©e d’une Ă©quipe de 6 personnes passionnĂ©es que j’ai aussi mis le temps nĂ©cessaire Ă  constituer. J’ai fait pour cela de nombreux allers-retours.

©carnetsmediterraneens

Travailles-tu aussi avec des prestataires ?

Oui et je les ai tous rencontrĂ©s. Par exemple, il est possible de faire un trek dans les hauteurs de l’Atlas avec tajine berbĂšre, pain cuit Ă  la pierre
 Je suis toujours Ă  l’affĂ»t d’expĂ©riences authentiques Ă  proposer Ă  mes hĂŽtes.

Combien de fois par an vas-tu Ă  Marrakech ?

J’y vais tous les mois. Il est indispensable que j’y assure une prĂ©sence rĂ©guliĂšre car l’équipe a besoin de se sentir encadrĂ©e.

Marrakech est-elle une ville réellement sûre pour les touristes ?

Mohammed 6 est trĂšs rigoureux sur cette question car le tourisme est la ressource principale du pays. Au moindre problĂšme, la dĂ©saffection touristique est immĂ©diate et la confiance met du temps Ă  se rĂ©tablir. On a vu cette situation en Egypte, en Tunisie… La Maroc fait partie des pays musulmans stables. C’est une royautĂ©. Et les Marocains sont trĂšs croyants et trĂšs reconnaissants envers Hassan II (dĂ©cĂ©dĂ© en 1999, ndlr) qui a beaucoup fait pour son pays, notamment au niveau des infrastructures (autoroutes, TGV entre Casablanca et Marrakech
). Donc ils ont reportĂ© cette reconnaissance sur son fils qui, lui aussi, Ɠuvre dans le mĂȘme sens. Il existe bien sĂ»r des mouvements contestataires, mais pas suffisants pour impacter le tourisme.

Quelle est la meilleure pĂ©riode pour venir au Maroc ?

Toute l’annĂ©e ! Au Riad, j’ai bien sĂ»r la climatisation, ce qui n’est pas un luxe ! Ceux qui souffrent vraiment de la chaleur opteront pour la pĂ©riode allant de septembre Ă  dĂ©cembre.

As-tu d’autres projets, au Maroc ou ailleurs ?

Aujourd’hui, je dĂ©ploie beaucoup d’énergie dans cette aventure parce que cela me plait. Mais je m’ennuie vite. J’ai besoin de challenges, d’adrĂ©naline. LĂ , tout Ă©tait Ă  refaire. Mais lorsque ce sera une affaire qui « roule toute seule Â», j’envisage dĂ©jĂ  de mettre quelqu’un Ă  ma place, mĂȘme si, pour le moment, le Riad a encore besoin de moi. On dit que « le bonheur est d’apprĂ©cier ce qu’on a Â», mais moi je suis toujours « en quĂȘte de Â». J’ai besoin d’ĂȘtre dans un plan d’action permanent : toujours avoir une visibilitĂ© sur lĂ  oĂč je suis aujourd’hui et lĂ  oĂč je veux ĂȘtre demain.

A ce propos, quel est ton parcours

Mes parents ont Ă©migrĂ© en France dans les annĂ©es 1970. J’ai Ă©tĂ© Ă©levĂ©e dans l’idĂ©e que plus je serais instruite et plus je pourrais exercer le mĂ©tier que je souhaite.

CĂŽtĂ© Ă©tudes, j’ai fait du droit et du commerce. J’ai alors commencĂ© Ă  travailler chez Pierre & Vacances au dĂ©partement marketing, puis dans l’évĂ©nementiel. Ensuite je me suis expatriĂ©e.

Lorsque je suis revenue en France, j’ai notamment repris mes Ă©tudes, cette fois dans un tout autre secteur : je viens d’obtenir mon diplĂŽme d’hypnothĂ©rapeute et commence doucement Ă  exercer en libĂ©ral, en parallĂšle de mes autres activitĂ©s.

A ce propos, quelles sont aujourd’hui tes activitĂ©s en France ?

Je vis Ă  Angers oĂč je me suis associĂ©e sur plusieurs secteurs d’activitĂ©. J’ai besoin de cette diversitĂ©.

Ce fonctionnement m’a donnĂ© une grande facultĂ© d’adaptation. Et je me suis toujours entourĂ©e de personnes meilleures que moi, quel que soit le domaine, pour ĂȘtre « tirĂ©e vers le haut Â». Savoir faire un business plan solide est aussi bien utile, quoi que l’on entreprenne


Un mot de conclusion ?

Le Maroc est trĂšs facilement accessible de partout en Europe. A 2h30 d’avion, vous avez l’assurance de trouver un dĂ©paysement total, la chaleur, une ambiance vivante et festive. L’artisanat y est magnifique. L’hospitalitĂ©, exceptionnelle. Donc bienvenue au Maroc ! ■

Photos : © Benoßt Bost, sauf : 8, 9 et 13 © Marie Bastide Studio, et 12 © Riad Assala

Riad Assala – 8, Derb Ouaihah Sidi Abdel Azziz Medina – Marrakech, Maroc

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