Pratique très ancienne, puisqu’elle remonte à l’époque gréco-romaine, le hammam a connu quelques variantes locales entre Moyen-Orient et Maghreb. Aujourd’hui en perte de vitesse dans la plupart des pays dont elle est issue, c’est en Europe qu’elle a maintenant le vent en poupe, particulièrement prisée par les Occidentaux en quête de bien-être, de naturel et de dépaysement.

Aller au hammam – appelé aussi « bain maure » (en référence à l’Espagne musulmane d’Al-Andalus) ou « bain turc » par les Occidentaux -, c’est un retour aux sources, aux rituels de beauté traditionnels.

Les origines

L’Empire romain s’étant étendu jusqu’à l’Orient, le hammam tire ses origines des thermes romains organisés eux aussi sur une enfilade de trois ou quatre pièces où la température augmente graduellement de 20 à environ 45/50 degrés.

Dans le monde arabe, des vestiges archéologiques attestent de leur existence dès le 7e siècle, le premier établissement public connu étant celui de Bassora en Irak. L’islam, apparu à cette époque, inclut en effet dans ses traditions des ablutions rituelles, effectuées avant les cinq prières quotidiennes, le respect de l’hygiène, lié à l’idée de purification, étant associé à celui des préceptes religieux. Cette pratique étant grandement facilité par la présence d’un hammam à proximité de la mosquée, ces établissements sont progressivement devenus des éléments essentiels de la ville arabomusulmane.

Alors que les Romains élevaient de grands thermes publics en centre-ville, les Arabes préférèrent en construire plusieurs, plus petits, disséminés à travers la ville, à la manière des balnea romains.

La pratique du hammam a donc suivi l’expansion de l’Islam, comme en témoignent les nombreux établissements toujours présents en Iran, en Turquie, et à travers l’Afrique du Nord, depuis l’Égypte jusqu’au Maroc.

L’Empire byzantin puis l’Empire ottoman adoptèrent à leur tour la tradition du bain public. A l’époque de ce dernier, il n’était pas rare que les usagers des hammams s’attachent les services d’un garçon de bain (« tellak », en turc), dont le rôle dépassait souvent celui du savonnage et du massage pour aller vers des pratiques homosexuelles tarifées. La plupart étaient recrutés parmi les rangs non musulmans de l’Empire. Au 18e siècle, certains officiers de l’armée ottomane avaient même un tellak pour amant. Mais ces derniers perdirent leur rôle sexuel au moment du démantèlement de l’Empire ottoman et de l’avènement de la république turque.

En fonction des époques, des différentes régions où il s’est implanté et de leurs traditions, le hammam (pratique comme architecture des lieux) s’est donc teinté de différentes nuances qui font toute la richesse de l’Orient.

Un lieu incontournable de la vie sociale

En plus de ses fonctions sanitaires et éventuellement religieuses, le hammam jouait aussi, tout comme les thermes romains, un rôle pivot dans la vie sociale. Toutes les catégories de la population (riches et pauvres, jeunes et vieux…) se rencontraient en effet dans ce lieu public où les pratiques étaient d’ailleurs très codifiées :

– D’abord réservés aux hommes, des hammams se sont rapidement ouverts également aux femmes (sous l’impulsion du prophète Mohammed, convaincu que la chaleur pouvait augmenter la fertilité), sans pour autant être mixtes, bien sûr, ce qui reste encore aujourd’hui, même en Occident, sauf dans les lieux les plus touristiques et modernes, l’un des principes de ces lieux.

– Surnommé le « café des femmes », le hammam constituait leur seule sortie hebdomadaire. Un lieu où rires échappés et confidences murmurées s’entremêlaient… Les femmes en profitaient notamment pour repérer des épouses potentielles pour leurs fils et les jeunes filles paradaient dans leurs plus belles foutas – on pouvait en effet connaître la situation d’une femme (célibataire, mariée…) à la couleur de cette serviette.

– Les hommes, de leur côté, utilisaient aussi les bains pour parler affaires et conclure des négociations.

Le rituel

– Le bain de vapeur : il est conseillé de rester un moment dans la pièce la plus chaude, afin d’ouvrir les pores de la peau, de transpirer et d’évacuer les toxines. La température élevée (environ 50°C) est rendue supportable par le fait que l’air est saturé jusqu’à 100 % d’humidité (contrairement au sauna qui utilise une chaleur sèche).

Lorsqu’il est privé, ou situé dans un quartier modeste ou dans un riad, le hammam ne comporte qu’une seule salle, la plus chaude, appelée « barma » (environ 40°).

Le hammam offre de nombreux bienfaits car il s’associe le plus souvent à d’autres soins :

– Le gommage : le savon noir traditionnel, pâte confectionnée à base de pulpe et d’huile d’olives noires souvent parfumée à l’eucalyptus, est appliqué en masque pour assouplir la peau et gonfler les cellules mortes (ce qui rendra l’exfoliation particulièrement efficace). Le corps entier est ensuite frotté énergiquement avec un gant spécial en crêpe issue de fibres végétales, le « kessa » (autrefois fabriqué en poils de chèvre), puis rincé à grandes eaux. Au Moyen-Orient, on utilise le savon d’Alep et une éponge en loofah ou luffa (courge grimpante de la famille des cucurbitacées utilisée depuis des millénaires pour ses fibres plus ou moins denses qui, une fois séchées, permettent d’exfolier le corps).

– L’enveloppement : la peau est ensuite recouverte de rhassoul (ou ghassoul), une argile saponifère (au pouvoir nettoyant) récoltée dans la région du Moyen Atlas marocain, d’origine volcanique riche en sels minéraux et en oligoéléments, qu’on laisse poser environ 15 minutes avant de rincer de nouveau le corps, en peaufinant parfois ce rinçage avec une friction douce à l’eau de fleur d’oranger.

– Le massage : effectué à l’huile végétale (d’argan, d’amandier…), nature ou parfumée d’huiles essentielles, il alterne malaxages, pétrissages et lissages. S’il dénoue les tensions musculaires et engendre donc un grand bien-être ensuite, sachez qu’il est sur le moment assez vigoureux.

Au final, une peau débarrassée de ses impuretés et d’une incroyable douceur.

Une délicieuse pause dans la salle de repos agrémentée d’un thé à la menthe, et de quelques pâtisseries orientales si le cœur vous en dit, conclura divinement ce rituel.

Les accessoires d’un art de vivre

– Le turban : traditionnellement, les femmes enveloppaient leurs cheveux dans une coiffe en lin naturel à la sortie du hammam pour contribuer à les sécher. Héritée de la tradition turque (voir le tableau d’Ingres « Le bain turc » ), elle pouvait être agrémentée d’une broche ou d’une corolle de perles.

– La dinanderie : indissociables de l’art de vivre traditionnel du hammam, ces objets artisanaux en métal martelé (coupelles, bassines, seaux, lance-parfum…) aussi utiles qu’esthétiques et datant du Moyen-Âge ont fait la réputation de villes comme Constantine, Fès ou Kairouan.

– La fouta (ou foutha) : initialement originaire d’Inde, cette longue étoffe était portée autour de la taille pour circuler entre les différentes pièces du hammam. Devenue très en vogue depuis quelques années, elle s’utilise aujourd’hui aussi bien en drap de plage qu’en jeté de lit ou en nappe. Bref, un indispensable de l’été ! Un accessoire multitâche qui apporte tout de suite une petite touche d’authenticité teintée d’exotisme oriental. En Turquie, elle est appelée « peshtemal ».

« Le bain turc », 1863 (Ingres, 1780-1867)

Dans la peinture orientaliste

Les scènes de hammam font partie des sujets préférés des peintres de la période orientaliste. De nature érotique, elles témoignent d’un « Orient »
(Maghreb et Moyen-Orient) fantasmé de la part de l’Occident. Ce mouvement artistique, né plus précisément de la fascination pour l’Empire ottoman, a vu le jour au 18e siècle et connu son apogée au 19e avant de disparaître progressivement au 20e siècle. En France, on peut considérer qu’il prit définitivement fin avec l’indépendance de l’Algérie en 1962.

« Le Hammam », 1898 (Sarkis Diranian, 1840-1938, artiste orientaliste ottoman d’origine arménienne ayant vécu à Paris)

Quels effets ?

Bain de vapeur d’environ 50°C saturé à 100% d’humidité, le hammam a plusieurs effets :

  • une dilatation progressive des pores de la peau d’où s’échappent alors impuretés et toxines ;
  • une forte vasodilatation (dilatation des vaisseaux sanguins) donc une diminution de la pression artérielle induisant une profonde sensation de relaxation.

Bref, un nettoyage en profondeur du corps et de l’esprit !

Indications

  • Le hammam est très recommandé en termes de récupération après une activité sportive. Il procure une relaxation intense qui va détendre les muscles, soulager (voire éviter) les courbatures et douleurs ligamentaires.
  • Cela permet aussi de décongestionner les bronches.
  • Par la relaxation qu’il procure, le hammam induit une torpeur bénéfique au sommeil.

Conseils

  • Éviter d’y aller en phase de digestion : il est recommandé d’attendre trois heures après un repas copieux avant de se rendre dans un hammam.
  • Éviter de s’être rasé le jour même : la peau irritée par le rasage peut démanger, la plupart des hammams diffusant des vapeurs d’huiles essentielles de pin et d’eucalyptus aux propriétés urticantes.
  • Si vous avez la peau sensible, demandez à ce que le gommage soit effectué doucement avec un gant de crêpe fine. Dans le cas où votre corps est recouvert de grains de beauté, c’est déconseillé (s’ils sont localisés, ne pratiquez pas le gommage à cet endroit).
  • Si le massage est trop énergique à votre goût (nous sommes en effet loin ici de la douceur du massage suédois), demandez à revoir son intensité.

Contre-indications

Induisant une baisse de la tension artérielle, la pratique du hammam est évidemment contre-indiquée aux personnes souffrant d’hypotension. Pour les mêmes raisons, il est absolument déconseillé d’y aller sous l’emprise de l’alcool.

Et aujourd’hui ?

Si la pratique demeure encore ancrée en de nombreux endroits, notamment au Maghreb, dans les lieux les plus populaires où les habitations ne disposent pas forcément de l’eau courante ou d’une douche, elle a en revanche quasiment disparu de certains pays. Par exemple :

  • en Egypte, jadis réputé pour ses 365 hammams, Le Caire ne compte plus à présent que 6 établissements ;
  • en Turquie, les hammams de quartier d’Istanbul ont disparu depuis les années 60, époque où se sont multipliées les salles de bain individuelles, de nombreux thermes ont été transformés en magasins ou en galeries marchandes et les quelques bons établissements qui restent sont devenus touristiques et chers.

Mais les Européens occidentaux ont découvert dans ces rituels de nombreux atouts. Outre le dépaysement qu’il procure, le hammam est un lieu majeur de détente où lâcher prise réellement. C’est également une expérience sensorielle, sensuelle, un moment intime offrant un rapport au corps à nul autre pareil. ■

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